Quand j’ai découvert la technique il y a 5 ans, elle m’a rapidement replongé dans les joies du tirage photo, que j’avais exploré au début de mon histoire avec le labo noir et blanc. Revenir au support physique donne une autre dimensions aux images. Le numérique aplatit le caractère des images. Le papier lui ajoute de nouvelles dimensions.
Mon travail avec le cyanotype a rejoint mon travail photo assez rapidement. Dans un premier temps, j’ai testé les possibilités d’impressions sur des supports différents (type de papier, tissu) et les moyens d’utiliser les caractéristiques du cyanotype : double exposition, juxtaposition de négatifs, modifier le tirage par le biais de sa réaction au PH, le faire apparaître puis disparaitre… C’est un jeu sans cesse renouvelé avec une technique assez peut maitrisable. On ne peut pas parler de reproduction, chaque tirage étant différent suivant des caractéristiques physiques propres au monde matériel.
L’un de mes thèmes favoris en photo est un thème transversal qui évoque la liberté du corps et de l’esprit. Le monde physique nous plombe à la fois tout en donnant des espaces de liberté. Un corps en mouvement est pour moi déjà dans notre première fonction d’être vivant : se déplacer pour vivre des expériences, pour se connaître et rencontrer les autres.
En automne, j’ai pu réaliser un rêve celui d’aller au Japon. Je ne suis pas une grande voyageuse, mais ce voyage là était celui de rencontrer un autre monde. J’y ai rejoint des amis rencontrés en France, et j’ai passé plusieurs semaines dans leur village côtier. J’ai passé du temps avec des japonais parlant française, dont Ryo et Harue, qui m’ont beaucoup touchés. Ils ont vécu en France et vivent désormais dans une maison traditionnelles. Ryo a perdu la vue et sa mère, âgée de 80 ans, s’occupe de lui, l’air de rien, comme si tout allait bien. Car tout va bien, dans leur univers doux et sans heurt.
J’ai vécu ce voyage comme je le souhaitais, j’y ai parcouru des dizaines de kilomètres à pied, cherchant à m’éloigner de l’aspect touristique mais en allant voir derrière, ce qu’il s’y passe vraiment.
Je cherche dans mes images numériques celles qui sauront le mieux « parler » dans la langue du cyanotype : graphisme, hautes lumières, sujets simples. Je tire ces images un peu dans les sens. Je les malmène avec la technique pour qu’elle donne le meilleur d’elle-même, qu’elles m’émeuvent lors de la révélation sous l’eau. Ce moment où l’image « nait » dans l’eau nous échappe. L’image vient à nous dans l’état qu’elle choisira d’adopter.














